Paris concentre les palaces, la gastronomie étoilée et une bonne partie du tourisme mondial, mais aucun casino n’y a jamais ouvert ses portes. Cette absence n’a rien d’un oubli récent. Elle découle d’un empilement de lois vieilles de plus d’un siècle qui s’appliquent encore aujourd’hui. Comprendre pourquoi les casinos sont interdits à Paris demande de remonter jusqu’à l’époque napoléonienne.
Une méfiance qui remonte à l’époque napoléonienne
En 1806, le Code civil autorise les premiers établissements de jeux, mais Napoléon Ier tient à les tenir éloignés des grandes villes. La cohabitation entre jeux d’argent et misère urbaine est jugée moralement inacceptable à une époque où la pauvreté touche une large partie de la population.
Les premiers casinos s’installent donc près des lieux de thermalisme, dans une logique de tourisme et de convalescence plutôt que de proximité avec la capitale.
La loi de 1907 réserve les casinos aux stations thermales et balnéaires
La loi du 15 juin 1907 encadre officiellement l’ouverture des casinos en France. Elle en réserve la licence aux communes classées station thermale, balnéaire ou climatique, des lieux réputés pour leur air pur et leurs eaux bienfaisantes.
Paris, alors ville industrielle et ouvrière, ne rentre dans aucune de ces catégories. Elle est écartée du dispositif dès l’origine, sans qu’aucune dérogation ne soit prévue pour la capitale.
La loi de 1919 verrouille un rayon de 100 kilomètres autour de Paris
Douze ans plus tard, le législateur va plus loin. La loi de 1919 interdit purement et simplement l’exploitation d’un casino dans un rayon de 100 kilomètres autour de Paris. L’objectif affiché est double : éviter que la capitale ne devienne un pôle de jeu comparable à ce que deviendra plus tard Las Vegas, et protéger les classes populaires parisiennes du risque d’addiction.
L’exception d’Enghien-les-Bains
Une seule dérogation a jamais été accordée à cette règle. Le casino d’Enghien-les-Bains, à une vingtaine de kilomètres au nord de Paris, obtient son autorisation grâce à son statut de station thermale et ouvre en 1931, plus de vingt ans après l’entrée en vigueur de la loi de 1919. Il reste aujourd’hui l’établissement le plus proche de la capitale.
Une réglementation toujours active malgré son âge
Une réforme de 2006 a modifié les critères de classement des communes pouvant accueillir un casino, mais elle a explicitement exclu du nouveau dispositif les villes qui n’étaient pas déjà classées station balnéaire, thermale ou climatique avant son entrée en vigueur. Paris reste donc en dehors du jeu, un siècle après les premières lois.
Ce qu’il reste aux joueurs parisiens
L’absence de casino n’a pas empêché une offre alternative de se développer dans la capitale, à l’intérieur d’un cadre légal différent.
- Cercles de jeux : structurés en associations à but non lucratif, ils proposent poker et jeux de contrepartie, mais ni roulette ni machines à sous.
- Paris sportifs en ligne : légaux et régulés par l’ANJ, l’Autorité nationale des jeux.
- Paris hippiques : également autorisés et encadrés par le même régulateur.
- Casino terrestre à Enghien-les-Bains : la seule table de roulette ou de blackjack accessible à moins d’une heure de Paris.
Le casino en ligne, lui, reste interdit sur le territoire français. Seuls les paris sportifs, les paris hippiques et le poker peuvent légalement se jouer sur internet, via des opérateurs agréés par l’ANJ.
Vers un retour des casinos dans la capitale ?
La question d’une éventuelle ouverture de vrais casinos à Paris revient régulièrement dans le débat public, portée par des arguments économiques et touristiques. Aucune évolution législative concrète n’a pour l’instant abouti, et les lois de 1907 et 1919 continuent de faire foi.
Quel que soit l’endroit où l’on joue, cercle parisien, table d’Enghien-les-Bains ou plateforme régulée par l’ANJ, les mêmes réflexes s’appliquent : fixer une limite de dépôt, connaître l’option d’autoexclusion et garder en tête que ces jeux sont réservés aux personnes majeures. Aucune de ces formes de jeu ne garantit un revenu, seulement du divertissement encadré.
